éclairage pour assurer une bonne ergonomie au travail et un confort visuel optimal

Pour exercer correctement son activité professionnelle, un travailleur doit pouvoir disposer d’une quantité et d’une qualité de lumière adaptées à sa tâche. En effet, qu’il soit naturel ou artificiel, l’éclairage doit faciliter l’exécution des tâches et assurer un confort visuel optimal pour permettre à un travailleur de bien voir ce qu’il fait, se diriger en toute sécurité dans son espace de travail, prendre les informations indispensables à l’exécution de son activité. L’éclairage présente donc une importance capitale pour le travail, et constitue à ce titre un sujet d’ergonomie.

Nous le verrons, les conséquences d’un éclairage inadéquat sur la qualité du travail ou les risques professionnels s’avèrent non négligeables. Il peut en effet altérer la productivité avec notamment une fatigue visuelle croissante, une augmentation des erreurs voire des accidents de travail.

C’est pourquoi, afin d’optimiser le confort visuel, il existe des recommandations ergonomiques. Il s’agira de se pencher non seulement sur le niveau d’éclairement mais également sur les problématiques de luminance, d’éblouissement, de température et de rendu des couleurs etc.

Bref, je vous propose de faire toute la lumière sur ces notions parfois obscures …

Que prévoit le code du travail en termes d’éclairage ?

Le Code du Travail

Le Code du Travail, dans ses articles R4223-1 à R4223-12, indique les quantités minimales requises pendant la présence du personnel dans les lieux de travail.

Par exemple, il stipule que :

« L’éclairage est assuré de manière à :

          1° Éviter la fatigue visuelle et les affections de la vue qui en résultent ;

         2° Permettre de déceler les risques perceptibles par la vue. »

« Les locaux de travail disposent autant que possible d’une lumière naturelle suffisante. »

« Dans les zones de travail, le niveau d’éclairement est adapté à la nature et à la précision des travaux à exécuter. »

« Pendant la présence des travailleurs dans les lieux mentionnés à l’article R. 4223-1, les niveaux d’éclairement mesurés au plan de travail ou, à défaut, au sol, sont au moins égaux aux valeurs indiquées dans le tableau suivant : »

LOCAUX AFFECTES AU TRAVAIL et leurs dépendancesVALEURS MINIMALES d’éclairement
Voies de circulation intérieur40 lux
Escaliers et entrepôts60 lux
Locaux de travail, vestiaires, sanitaires120 lux
Locaux aveugles affectés à un travail permanent200 lux
Légende : Légifrance – Code du travail : Section 1 : Éclairage (Article R4223-4)

ESPACES EXTERIEURSVALEURS MINIMALES d’éclairement
Zones et voies de circulation extérieures10 lux
Espaces extérieurs où sont effectués des travaux à caractère permanent40 lux
Légende : Légifrance – Code du travail : Section 1 : Éclairage (Article R4223-4)

Les normes

Toutefois, ces valeurs ne sont pas toujours satisfaisantes sur le plan ergonomique. On utilise alors la norme NF EN 12- 464 complétée par la norme NF X 35-103 (Ergonomie, principes d’ergonomies visuelle applicable à l’éclairage des lieux de travail) qui prescrit les exigences d’éclairage pour les lieux de travail en répondant aux besoins de confort visuel et de performance, en prenant en compte trois spécificités :

–  la performance visuelle s’altérant avec l’âge, il convient en présence d’opérateurs âgés de plus de 45 ans, d’augmenter le niveau d’éclairement pour leur permettre de mieux percevoir les détails ;

–  la tâche visuelle (dimensions des détails, contraste de luminance, durée de la tâche) ;

–  la situation à risque : possibilité d’erreur liée à une mauvaise perception visuelle susceptible d’entraîner des conséquences graves en termes d’accidentologie, de qualité du produit et de coût.

Ainsi, les niveaux d’éclairement mesurés au plan de travail ou, à défaut au sol, devront être au moins égaux aux valeurs indiquées dans le tableau ci-dessous.

Eclairement minimalType d’activité
200 luxMécanique moyenne, dactylographie, travaux de bureau
300 luxTravail de petites pièces, bureau de dessin
400 luxMécanique fine, gravure, comparaison de couleurs, dessins difficiles, industrie du vêtement
600 luxMécanique de précision, électronique fine, contrôles divers
800 luxTâche très difficile dans l’industrie ou les laboratoires
Valeurs d’éclairement minimal selon le type d’activité (norme NF X 35-103)

Quelles sont les conséquences d’une mauvaise ambiance lumineuse ?

Un mauvais éclairage (on parle aussi d’une mauvaise ambiance lumineuse), peut générer une gêne, un inconfort voire des troubles. Il peut s’agir d’une fatigue oculaire liée notamment à un éclairement insuffisant, nécessitant un effort continu d’accommodation et d’adaptation des muscles des yeux.

Cela peut également être lié à un problème d’éblouissement ou un reflet dans le champ de vision.

Des troubles tels qu’une diminution du champ de vision voire une baisse de la capacité visuelle peuvent également survenir avec notamment des difficultés à distinguer le relief ou des couleurs.

Une fatigue mentale peut également s’installer en lien avec un effort continu de concentration pour distinguer des détails.

Enfin, en cas d’éclairage déficient, un manque de précision ou une mauvaise compréhension des informations perçues peuvent augmenter le risque d’erreurs et mener à des situations dangereuses voire à des accidents du travail.

Qu’est-ce que le confort visuel ?

Le confort visuel est souvent estimé individuellement par une appréciation subjective d’un environnement lumineux agréable (agrément). On pourrait également estimer qu’une ambiance lumineuse confortable résulte de l’absence d’inconfort visuel.

Dans tous les cas, le confort visuel implique également d’atteindre les performances visuelles optimales à l’exercice des tâches professionnelles (besoins).

Il faut alors tenir compte d’un certain nombre de paramètres.

Eclairement des postes de travail

L’éclairement (en lux) exprime la quantité de lumière reçue sur une surface. Il est utilisé pour définir les besoins en éclairage des postes de travail ou de certains de ses éléments.

Habituellement, le niveau d’éclairement adéquat se situe entre 500 et 1 000 lux, mais il doit être adapté selon les exigences de la tâche.

Uniformité des éclairements

C’est le rapport entre l’éclairement minimum et l’éclairement moyen d’une zone de travail. Ce paramètre tient compte du nombre, de la répartition et du choix des luminaires.

La norme NF X 35-103 précise qu’en vision rapprochée dans la zone dans laquelle est effectuée la tâche visuelle, le facteur d’uniformité doit être supérieur ou égal à 0,7.

En fonction des tâches et activités, les normes NF-EN 12464-1 et NF-EN 12464-2 indiquent des facteurs d’uniformité.

Voici quelques valeurs d’uniformité d’éclairement, pour un éclairage artificiel ou par toiture :

Zone de travailFacteur d’uniformité d’éclairement
Zone environnante immédiate0,40
Zone de fond0,10
Murs et plafonds0,10
Valeurs d’uniformité d’éclairement selon la zone de travail (norme NF-EN 12464)

Luminance au poste de travail

La luminance (en candela / m²) est l’intensité lumineuse émise par une unité de surface. Au poste de travail, il s’agit de la quantité réfléchissante des éléments du plan de travail.

Un bon équilibre des luminances contribue à créer un confort visuel permettant d’accomplir aisément sa tâche à l’abri des reflets parasites et d’assurer un repos pendant les pauses visuelles.

Pour la plupart des tâches, la luminance de la tâche doit être supérieure à celle de son environnement mais pas plus d’un tiers.

Lorsqu’un éclairage d’appoint est utilisé, la luminance des sources doit être inférieurs à 5000 cd/m².

Vous trouverez dans la norme NF X 35-103 les niveaux de rapports de luminance à respecter pour éviter tout éblouissement en fonction des exigences visuelles

Facteur de réflexion

Le facteur de réflexion lumineuse d’une surface est la quantité d’énergie lumineuse qu’elle réfléchit par rapport à celle qu’elle reçoit.

La norme NF EN 12464-1 recommande des facteurs de réflexion pour les principales surfaces réfléchissantes diffuses dans un espace intérieur :

SurfacesFacteur de réflexion
Plan de travail0,3 à 0,6
Plafond0,7 à 0,9
Murs0,5 à 0,8
Sol0,2 à 0,4
Facteurs de réflexion selon les surfaces (norme NF EN 12464-1)
Illustration d'un éblouissement lié à la réflexion des surfaces brillantes

Eblouissement au poste de travail

L’éblouissement survient lorsqu’une source lumineuse trop brillante ou que la réflexion de la lumière projetée interfère avec la vision d’un objet.

 Dans la plupart des cas, les yeux s’adaptent au flux lumineux le plus intense.

Une fois que l’œil s’en est accommodé, il distingue moins bien les détails dans les zones sombres du poste de travail, même si celles-ci sont convenablement éclairées.

Deux types d’éblouissements

  • L’éblouissement direct par les sources lumineuses.
  • L’éblouissement indirect par la réflexion des sources de lumière par des surfaces brillantes. C’est pourquoi est recommandé de privilégier des surfaces mates, à l’endroit de la tâche visuelle mais également pour les sols et les parois.

L’éblouissement peut entraîner gêne et inconfort, et peut même diminuer la capacité visuelle d’une personne, voire provoquer des accidents dans les cas extrêmes.

Pour limiter l’éblouissement produit par des surfaces de forte luminance dans le champ visuel. Il est important de faire attention à :

  • la distribution des luminaires et des fenêtres (nombre et position) ;
  • la direction des flux luminaux (éclairage direct ou indirect) ;
  • au défilement des lampes ;
  • la présence de protections solaires ;
  • l’éclairement, la nature des surfaces et leurs facteurs de réflexion.

L’éblouissement provenant directement des luminaires est évalué par le taux d’éblouissement unifié (UGR). Des valeurs limites du taux UGR sont spécifiées dans la norme NF EN 12464-1 en fonction de l’activité exercée.

illustration d'un éblouissement lié à la présence de baies vitrées trop importantes

Température de couleur (TCP)

La température de couleur caractérise la couleur apparente de la lumière émise par une source.

Elle est exprimée en degré Kelvin. Cette notion renseigne sur l’ambiance d’un espace éclairé et permet de classer une source lumineuse en :

• « teinte chaude » TK < 3300° K (lumière chaude, orangée, soleil à l’horizon),

• « intermédiaire » TK entre 3300° et 5000° K (lumière blanche, neutre),

• « teinte froide » TK > 5000° K (lumière très blanche, bleutée, soleil au zénith).

Plus la température des couleurs est élevée, plus le niveau d’éclairement doit être élevé.

Vous trouverez dans la norme NF EN 12464-1 la température de couleur des sources pour les activités et tâches considérées.

La norme NF X 35-103 vous indiquera les niveaux à respecter selon le niveau d’éclairement.

L’Indice de Rendu des Couleurs (IRC)

Cet indice, noté Ra, compris entre 1 et 100, est une estimation de la qualité de la lumière. Il indique les aptitudes d’une source lumineuse à restituer l’aspect coloré de l’objet éclairé.

Un IRC satisfaisant est supérieur à 80 Ra. Un mauvais rendu des couleurs (qui tend à uniformiser vers le gris les couleurs perçues) crée un inconfort pour le personnel.

Notez que l’œil humain est capable de distinguer une différence de 5 points sur cette échelle.

Entretien et contrôle des installations

L’empoussièrement des lampes et des luminaires ainsi que leur vieillissement entraînent une dégradation des niveaux d’éclairement. L’installateur doit donc prévoir un programme de nettoyage et de maintenance des luminaires.  Il est recommandé de remplacer les lampes par campagne et non de manière unitaire, en conservant les mêmes caractéristiques (flux, Ra, Tcp…).

électricien qui contrôle, nettoie et réalise la maintenance des luminaires

L’éclairage naturel

L’article R. 4213-2 du code du travail recommande de privilégier l’éclairage naturel dans la mesure où l’activité exercée le permet.

D’ailleurs des études ont montré qu’un bon éclairage naturel constitue un facteur influent sur l’augmentation de la productivité, du bien-être et la baisse de l’absentéisme.

Selon ces études, un niveau d’éclairement satisfaisant et/ou une vue agréable sur l’extérieur peut améliorer la productivité et la performance de 10 à 25 %. A l’inverse, l’éblouissement dû aux fenêtres peut diminuer la performance entre 15 et 21 %.

Toutefois, en pratique, la lumière naturelle est rarement suffisante pour une activité professionnelle.

Un compromis acceptable doit être trouvé en jouant sur le rapport des luminances et les distances entre les fenêtres et les postes de travail.

Notons cependant qu’il n’existe pas dans la réglementation de niveau minimal d’éclairement naturel, mais que les locaux affectés au travail doivent comporter à hauteur des yeux des baies transparentes donnant sur l’extérieur, sauf en cas d’incompatibilité avec la nature des activités envisagées.

La norme NF EN 12464-1 indique que « la présence de fenêtres est donc fortement privilégiée sur les lieux de travail pour la lumière de jour qu’elles délivrent et pour le contact visuel avec l’environnement extérieur. Cependant, il est important de s’assurer que les fenêtres ne provoqueront ni inconfort visuel ou thermique, ni perte d’intimité ».

illustration d'un éclairage avec présence de fenêtres créant un éclairement naturel

Le rôle de l’ergonome dans l’évaluation du confort visuel

Le rôle de l’ergonome est d’assurer que l’ambiance lumineuse des lieux de travail est adaptée aux capacités des opérateurs, quelles que soient les situations et les caractéristiques des taches considérées.

L’ergonome doit donc vérifier que l’éclairage prend en compte l’équilibre entre les diverses sources lumineuses (naturelles et artificielles) assurant un sentiment de confort visuel.

Pour atteindre le confort visuel « optimal » nécessaire à l’exercice des tâches professionnelles, l’ergonome doit donc tenir compte des principaux paramètres influençant les performances visuelles d’un opérateur.

Pour cela il doit répondre aux questions suivantes :

  • Pourquoi éclaire-t-on ? Quel est le type de tâche à éclairer ?
  • Pour qui éclaire-t-on ? Quelles sont les caractéristiques et les besoins des opérateurs ?
  • Dans quel contexte / environnement éclaire-t-on ? Quelles sont les exigences de la situation de travail ?

On le comprend désormais, la qualité de l’ambiance lumineuse contribue à une meilleure ergonomie globale du poste de travail. Un éclairage adéquat permet d’optimiser l’exécution d’une tâche et par conséquent une meilleure productivité tout en assurant le bien-être au travail à travers la notion essentielle de confort visuel.

Si vous êtes ici, je vous remercie d’avoir lu cet article jusqu’au bout. N’hésitez pas à le commenter et à le partager au plus grand nombre.

J’évoquerai dans un prochain article le sujet de l’éclairage lors du travail sur écran.

Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouveau sujet d’ergonomie ! 

Pour aller plus loin :

Code du travail : Section 1 : Éclairage (Articles R4223-1 à R4223-12)

Normes NF EN 12464

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6 Responses

  1. Bravo pour cet article. L’éclairage des postes de travail est un sujet trop souvent négligé dans les entreprises.

      • Bonjour Cherazade et merci pour ton commentaire.
        En effet, l’éclairage est un sujet très complexe qui nécessite d’être cadré.
        Je suis vraiment ravie de lire que tu as appris des choses à la lecture de cet article ! 😊

    • Bonjour Véronique et merci pour ton commentaire que je partage pleinement.
      Nos yeux sont régulièrement malmenés et c’est pourquoi je souhaitais parler de ce sujet.
      Je traiterai prochainement de la problématique spécifique du travail sur écran. Là encore, il y a beaucoup de choses à dire sur le confort visuel.
      A bientôt j’espère 👋

  2. Wow je ne savais pas du tout qu’il y avait de tels normes mises en place… me demande si c’est pareil partout en Europe?

    • Bonjour David,
      Je te remercie pour ton commentaire.
      Pour répondre à ta question, sache que lorsqu’une norme ne porte que le préfixe NF, cela signifie qu’elle n’est applicable et appliquée qu’en France. C’est le cas de la norme NF X 35-103 qui décrit des principes et une méthode ergonomiques visant à définir les éléments essentiels à l’éclairage des lieux de travail en France.
      Lorsqu’il y a en plus le préfixe « EN » c’est qu’il s’agit d’une norme européenne. C’est le cas de la norme NF EN 12464 qui est citée plusieurs fois. Ses principes s’appliquent en Europe et en France.

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