Les amateurs de tennis dont je fais partie vivent la plus belle quinzaine sportive de l’année. Roland Garros a commencé ! 🎾

Et pour la ramasseuse de balles que je fus (en 1990), immobile en position accroupie près du filet, des souvenirs de douleurs au genou me reviennent.

L’occasion d’évoquer dans cet article les facteurs de risques présents chez certaines professions exigeant l’adoption d’une posture agenouillée pour exécuter leur travail près du sol. Nous verrons également les actions de prévention pour limiter l’impact de cette posture contraignante.

Le travail accroupi ou à genoux : les risques pour la santé

La posture accroupie ou à genoux : définition

Quand on parle de Troubles Musculo-Squelettiques (TMS), on pense souvent aux membres supérieurs (épaule, bras, poignet, main) ou au dos. Toutefois, les membres inférieurs peuvent également être touchés, notamment chez les salariés travaillant à genoux ou en posture accroupie.  

Pour mémoire, une posture est une position maintenue au-delà de 4 secondes. Elle est considérée comme contraignante quand elle implique une position forcée des articulations avec en particulier des angles extrêmes.

Aussi, le Ministère du Travail et l’Enquête Sumer considère comme pénibles toutes les activités poussant un salarié à travailler plus de 2 h par semaine en position accroupie et/ou 2 h par semaine en position à genou.

Quels sont les risques pour la santé ?

Travailler au niveau du sol, de manière prolongée de surcroit, est contraignant. Rester à genou ou accroupi n’est pas une position naturelle pour l’être humain.

Par ailleurs, des facteurs de répétitivité et de durée peuvent être source de lésions. Elles sont liées notamment à la contrainte de pression que subit l’articulation des genoux qui n’est pas conçue pour résister à ce type d’efforts de façon prolongée.

De plus, la posture à genou impose le contact avec le sol ou des points d’appui sur terrain irrégulier, pouvant être humide et rugueux. Ce contact provoque une compression locale des tissus et de la circulation sanguine, ainsi que des frottements pouvant causer des :

  • lésions cutanées (rougeurs ou callosités) ;
  • atteintes inflammatoires des tissus mous (hygroma, bursite) ;
  • atteintes des nerfs, des tendons ou des muscles.

C’est pourquoi la majorité des salariés travaillant agenouillés ou accroupis se plaignent a minima d’inconforts.

Quels sont les facteurs de risques ?

Il en existe 3 principaux :

  • frottements répétés ou des appuis prolongés sur les genoux

Lésions : hygroma du genou

Métiers à risque :  poseurs de revêtements de sol, carreleurs, chapistes, étancheurs, électriciens, plombiers, couvreurs…

  • compression du nerf SPE, en raison de travaux comportant une position accroupie prolongée de manière habituelle

Lésions : hygroma de compression

Métiers à risque : carreleurs, maraîchers, jardiniers, agents d’entretien des espaces verts…

  • mouvements de cisaillement (compression par flexion / rotation) liés à des travaux avec port de charge agenouillé ou accroupi

Lésions : méniscopathies

Métiers à risque : carreleurs, maçons, plombiers, chauffagistes, poseurs de moquette ou parquet, archéologues, électriciens, déménageurs…

ouvrier du BTP accroupi pour passer des câbles

La prévention des TMS du genou

Fournitures de protections individuelles

Il existe divers protections individuelles telles que :

  • les genouillères, qui protègent les genoux et de leurs articulations sans gêner les mouvements ;
  • les repose-genoux, pour des interventions ponctuelles ;
  • les tapis de genoux.

Les genouillères sont plus particulièrement adaptées aux professions du BTP tels que les carreleurs. Elles s’adaptent facilement aux pantalons de travail. Certains protège- genoux se glissent dans le vêtement. D’autres équipements se fixent à l’aide de sangles ou de boucles. Ils sont moins confortables. En effet, ces protections peuvent devenir irritantes au niveau du creux des genoux lors de travaux en position agenouillée sur une longue période. De plus, elles ne permettent pas d’éviter les postures contraignantes du tronc et des membres supérieurs. Par exemple, si un travailleur doit se positionner à genoux pour travailler sous une structure, il devra probablement effectuer une flexion et/ou une torsion du tronc afin de se positionner correctement.

Les repose-genoux se destinent, quant à eux, aux métiers où les genoux sont sollicités de façon plus occasionnelle. Certains modèles, dotés d’inserts de gel, protègent les genoux lors des stations prolongées.

Autre option : les tapis de genoux, faciles à transporter et à installer, permettent de travailler confortablement à genoux, notamment pendant les opérations de maintenance ponctuelles.

travailleur du BTP accroupi avec une meuleuse et des genouillères

La formation des salariés

La formation est une composante importante de la prévention des risques professionnels. Afin de limiter les contraintes liées à la posture agenouillée ou accroupie, il peut être proposé aux salariés :

  • des sensibilisations sur les risques de TMS ;
  • des formations gestes et postures adaptées à leur secteur d’activité. On peut citer par exemple :
    • éviter de réaliser des efforts en rotation lors de l’hyperflexion des genou
    • poser un genou à terre en alternant et appuyer une main au sol ou l’avant-bras sur la cuisse en cas de station prolongée ;
    • s’aider de la force des bras pour se relever de la position accroupie ;
    • en cas de tâches sous une surface basse, se positionner à plat dos, pour éviter les flexions et les torsions excessives ;
  • varier fréquemment les taches à effectuer, les positions de travail, se relever souvent, faire des pauses ;
  • réaliser régulièrement des étirements.
Les personnes qui ont aimé cet article ont aussi lu :  Comment la cartographie des postes de travail peut-elle réduire les risques de TMS ?

Mise en place de solutions organisationnelles

La modification de l’organisation du travail constitue une mesure de prévention collective permettant de réduire l’impact des activités liées à la posture agenouillée ou accroupie. Parmi les solutions organisationnelles, il peut être proposé :

  • d’organiser une rotation des postes et/ou de développer la polyvalence des salariés afin de varier les postures et d’éviter la répétitivité des tâches induisant des postures pénibles ;
  • d’alterner les tâches au sein d’un même poste ;
  • d’instaurer des pauses courtes mais fréquentes et d’inciter les salariés à respecter des temps de pause suffisants. Pour cela, il convient de prévoir des salles de repos dans la mesure du possible ;
  • réorganiser structurellement le poste pour éviter les postures accroupies,
  • améliorer les conditions de travail en diminuant les cadences et diversifiant les tâches ;
  • éviter les tâches les plus contraignantes aux travailleurs de plus de 50 ans ;
  • effectuer un suivi médical régulier des salariés.

Solutions techniques

Afin de limiter les postures contraignantes, liées au travail au sol en position à genoux ou accroupie, il existe des solutions techniques telles que des tabourets ergonomiques permettant d’adapter la posture selon les exigences de la tâche à réaliser.

tabouret ergonomique pour travailler accroupi

Les efforts musculaires importants ainsi que les pressions mécaniques sont atténués notamment grâce à un appui au niveau du torse.  De plus, ce type de tabouret limite la flexion des genoux et permet une position neutre de l’articulation de la cheville.

Je me permets de vous rappeler qu’une analyse de l’activité et des spécificités des tâches à réaliser est indispensable avant l’acquisition d’un tel équipement. Elle ne doit non plus être envisagée comme une action unique.

Des essais préalables avec différents modèles doivent permettre de valider si le produit correspond expressément à vos attentes et s’il est efficace dans votre contexte de travail.

Comme nous l’avons vu dans un précédent article, l’achat de ce type d’équipement doit être considéré comme un investissement qui peut contribuer à limiter le risque de blessures et favoriser la productivité. Lien interne Ergonomie et ROI

Il existe également des chariots conçus pour travailler accroupi. Grâce aux roulettes, ils favorisent les déplacements et réduisent les temps d’exécution et par conséquent le temps passé en position à genoux. Dotés d’un revêtement rembourré, ils limitent la compression des tissus des genoux.

Un chariot pour faciliter le travail accroupi
Un chariot pour faciliter le travail accroupi. ©OPPBTP

Enfin, pour les métiers au contact de jeunes enfants (instituteurs, ATSEM, assistantes maternelles…), dont le dos et les genoux sont souvent mis à rude épreuve, il existe des sièges spécifiques dit « petite enfance ». Avec leur assise basse, ils s’adaptent à la hauteur des enfants. Les roulettes permettent d’accompagner librement les enfants souvent en mouvement.

Différentes postures avec un siège petite enfance pour éviter d'être accroupie ou à genoux

Conclusion

On le voit, il existe de nombreuses possibilités de limiter les contraintes liées à la posture agenouillée ou accroupie.

L’une des préconisations la plus essentielle passe par des actions ergonomiques visant à modifier les situations de travail afin de supprimer les risques à la source. Toutefois, dans le cas des TMS des membres inférieurs, il est bien souvent extrêmement difficile de transformer radicalement les situations de travail des professions touchées par ces troubles. Aussi, qu’elles reposent sur la protection individuelle des salariés ou sur des mesures collectives (formation, organisation du travail), ces solutions trouvent leur efficacité dans une démarche globale et complémentaire afin de préserver sur le long terme la santé et l’intégrité physique des salariés.

N’hésitez pas à m’indiquer dans les commentaires si ces conseils vous ont servi et si vous avez changé quelque chose dans votre façon de travailler.

Je vous dis à bientôt et bonne ergo ! 👋

Si vous avez aimé l'article, vous êtes libre de le partager ! ;-)

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Mélanie Brout - Ergonome
Mélanie Brout