Ergonomie et cartographie des postes de travail

Comment la cartographie des postes de travail peut-elle réduire les risques de TMS ?

Introduction

Est-il besoin de rappeler à quel point il est essentiel de concevoir des environnements de travail qui favorisent la santé et la productivité des travailleurs ? Parmi tous les outils à la disposition des préventeurs dans le domaine de la santé au travail, et des ergonomes en particulier, il en existe un sous-employé, et à tort selon moi : la cartographie des postes de travail.

Il s’agit pourtant d’une stratégie très intéressante permettant aux entreprises d’identifier et de prioriser les facteurs de risques professionnels. Cette approche vise notamment à améliorer la santé et le bien-être des travailleurs en réduisant les risques de TMS.

Dans cet article, nous explorerons le lien entre la cartographie des postes de travail et la réduction des risques de TMS. Nous examinerons également les meilleures pratiques et les outils disponibles pour vous guider dans la mise en œuvre de cette approche au sein de votre entreprise. Vous découvrirez également quelques conseils pour une cartographie des postes de travail réussie vous permettant de transformer vos situations de travail en un environnement sûr, confortable et propice à la performance !

Pourquoi la cartographie des postes de travail est-elle essentielle pour prévenir les TMS et améliorer le bien-être au travail ? Découvrons-le ensemble.

Qu’est-ce que la cartographie des postes de travail ?

La cartographie des postes de travail constitue une approche méthodique visant à évaluer et à représenter de manière visuelle, détaillée et analytique les facteurs de risques des postes de travail au sein d’une entreprise. Cette démarche s’attache à analyser chaque aspect d’une situation de travail. Par exemple à évaluer les équipements utilisés jusqu’aux interactions entre les salariés, en passant par les ambiances physiques de travail.

Le résultat de cette cartographie est ensuite synthétisé sur un document. Celui-ci permet de visualiser de façon claire et précise les risques professionnels sous la forme d’un graphique. En général, on utilise des codes couleurs pour indiquer en rouge ce qui est vraiment dangereux, en orange ou en jaune ce qui doit imposer une vigilance et en vert ce qui l’est moins.

Une cartographie des postes utilise une grille d’évaluation ergonomique. Elle permet de piloter une démarche globale d’amélioration des conditions de travail. Bien que dynamique, elle commence par une représentation figée à un instant précis. Puis la dynamique provient de la comparaison effectuée entre cette représentation et d’autres représentations antérieures ou issues de projets futurs.

En identifiant les éventuels facteurs de risque, il devient possible à terme de mettre en place des aménagements spécifiques visant à réduire les risques de troubles musculo-squelettiques (TMS) et à améliorer le confort et la performance des salariés.

Quels sont les objectifs d’une cartographie des postes de travail ?

Une cartographie des postes de travail permet de :

  • d’identifier les facteurs de risque professionnels, tels que les postures inconfortables, les mouvements répétitifs ou les ambiances physiques défavorables
  • d’évaluer ainsi les risques d’apparition des Troubles Musculo-Squelettiques (risques TMS),
  • de repérer les postes les plus pénibles,
  • d’apporter des éléments d’aide à la décision pour aménager des postes en priorité.

Personnellement, j’utilise une grille d’évaluation qui permet d’obtenir le profil complet d’un poste par la cotation de 22 facteurs très variés : de la posture de travail aux ambiances lumineuses en passant par l’autonomie du groupe de travail, la charge mentale, l’environnement social, etc.

L’outil utilisé, issu du monde automobile, présente en effet de nombreux avantages :

  • d’une part, il propose une mise en œuvre assez rapide (inférieure à la demi-journée pour un profil complet),
  • d’autre part, à travers ses 22 critères d’ergonomie, il permet de comparer les postes entre eux et de définir des priorités quant aux actions à mener en termes d’amélioration des conditions de travail et de prévention des risques professionnels. En effet, en classant les postes selon leur niveau de risque, les entreprises peuvent concentrer leurs efforts sur les situations les plus critiques et mettre en place des actions correctives ciblées.

Ainsi, grâce à la cartographie des postes de travail, les entreprises peuvent prendre des décisions éclairées en matière d’aménagement de postes et d’organisation du travail. Cette démarche favorise également la communication et la collaboration entre les différents acteurs impliqués dans la cartographie. Cela contribue à créer un environnement de travail plus sain et plus productif pour tous les employés.

Les TMS : comprendre les risques

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) représentent un ensemble de pathologies affectant les muscles, les tendons, les nerfs et les articulations. Ils sont généralement associés à des mouvements répétitifs, des postures contraignantes ou une sollicitation excessive des membres supérieurs. Ces troubles peuvent toucher différentes parties du corps, notamment les épaules, les bras, les poignets, les mains, le dos et le cou.

Comprendre les risques associés aux TMS s’avère essentiel pour prévenir leur apparition et garantir le bien-être des employés au travail. Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement des TMS.

Les mouvements répétitifs

Effectuer des gestes identiques de manière répétée peut entraîner une fatigue musculaire et des tensions excessives. Cela augmente par conséquent le risque de blessures.

Les postures prolongées ou inconfortables

De plus, adopter des positions contraignantes ou maintenir une posture statique pendant de longues périodes peut exercer une pression excessive sur les muscles et les articulations. Cela favorise alors l’apparition de douleurs et de raideurs.

Les charges lourdes ou mal manipulées

Par ailleurs, soulever ou manipuler des objets lourds de manière incorrecte peut entraîner des blessures au niveau des muscles, des tendons et des articulations. Cela augmente également le risque de TMS.

Les conditions environnementales défavorables

Enfin, travailler dans un environnement trop chaud, trop froid, trop humide ou trop bruyant peut augmenter le stress physique et favoriser l’apparition de douleurs musculo-squelettiques.

Les conséquences des TMS au sein de l’entreprise

Il est important de noter que les TMS peuvent avoir des répercussions importantes sur la santé et le bien-être des salariés, ainsi que sur leur performance au travail. En plus de causer des douleurs et des inconforts physiques, ces troubles peuvent entraîner une baisse de la productivité, des arrêts de travail prolongés et une diminution de la qualité de vie.

En identifiant les facteurs de risque spécifiques présents dans chaque environnement de travail, les entreprises peuvent mettre en place des mesures préventives efficaces pour réduire la prévalence des troubles musculo-squelettiques.

La cartographie des postes de travail repose avant tout sur une évaluation ergonomique des postes. Il existe de nombreux outils et méthodes associées. Chacun présente des aspects intéressants.

Les outils et méthodes utilisés lors de la cartographie des postes de travail

Les outils de cotation

Ces outils permettent de recueillir des informations quantitatives auprès des travailleurs concernant leurs tâches, leurs besoins et leurs préoccupations en matière d’ergonomie. Des questionnaires peuvent être utilisés pour évaluer les habitudes de travail, les symptômes de douleur ou d’inconfort, et les suggestions d’amélioration.

Les observations et les entretiens sur le terrain

L’observation directe des employés en situation de travail réel permet de recueillir des données objectives sur les postures, les mouvements et les interactions dans l’environnement de travail. Cette méthode peut être complétée par l’utilisation de caméras vidéo pour enregistrer et analyser les comportements des employés sur une période de temps prolongée.

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Les analyses de tâches

Cette méthode consiste à décomposer les différentes tâches effectuées par les travailleurs afin d’identifier les étapes critiques, les exigences physiques et les interactions avec l’environnement de travail. Ces informations permettent de mieux comprendre les tâches et les contraintes spécifiques de chaque poste et de concevoir des aménagements adaptés.

Les systèmes de suivi des mouvements

Ces dispositifs enregistrent et analysent les mouvements des salariés pendant leurs activités de travail. Ils peuvent fournir des données précises sur les postures, les mouvements répétitifs et les charges physiques, permettant ainsi d’identifier les risques potentiels de TMS. Cela permettra de proposer par la suite des préconisations ergonomiques.

En combinant judicieusement ces outils, il est possible d’obtenir une vision complète et détaillée de l’organisation des postes de travail et des facteurs de risque associés.

Comment se déroule une cartographie de poste de travail ?

Généralement, la démarche d’une cartographie de poste de travail s’articule en 5 phases :

Réunion et visite préparatoires

Une réunion préparatoire avec les pilotes du projet (Responsables, fonctions d’appui type RH, IRP, sécurité, HSE, services de Santé au Travail, CSE … ) permet d’obtenir une vision partagée des objectifs, d’identifier les métiers cibles et de délimiter les périmètres d’interventions. Lors de cette réunion préparatoire la démarche de communication auprès des salariés peut également être définie. La visite du site et des différents ateliers ciblés apporte à l’ergonome une première compréhension du contexte de travail et une familiarisation avec les métiers à cartographier.

Choix et adaptation de l’outil de cotation

A l’issue de la réunion préparatoire, il est probable que l’outil de cotation soit adapté a minima aux objectifs définis et aux métiers ciblés. Conscient que le système de cotation ne remplace pas les observations sur le terrain, il est possible d’élargir la grille d’évaluation avec une partie « Commentaires » pour pouvoir à l’avenir faire évoluer aisément l’outil selon de nouveaux objectifs. Il s’agit toutefois de ne pas le rendre trop complexe afin de limiter le temps à le renseigner, et de le rendre suffisamment détaillé pour avoir des résultats exploitables, sur lesquels il sera possible de s’appuyer lors de l’animation de groupes de travail.

Cartographie d’un poste de travail

La plupart des critères sont traités au travers d’une question ou d’une check-list. Quelques critères comme la manutention par exemple peuvent être traités selon plusieurs paramètres comme la posture, la combinaison fréquence/poids, la qualité de la prise ou le déplacement. Chaque critère donne lieu à une cotation qui est reportée sur la grille afin de représenter le « profil » du poste.

Traitement des données, exploitation des résultats et mise en forme

Afin de transformer la cartographie de poste en un support efficace pour l’animation de groupes de travail lors de la conduite de projets d’améliorations, il convient de développer un nouveau système de cotation de poste qui permet de dépister rapidement les situations de travail les plus à risque. Une classification « vert / orange / rouge » permet de prioriser et de concentrer les efforts sur les process les plus critiques afin d’y mener des analyses de poste plus approfondies.

Réunion de restitution

Une restitution du diagnostic est réalisée à l’entreprise lors d’une réunion de travail avec l’ensemble des acteurs du projet. Les résultats de la cartographie des postes sont alors débattus au regard des objectifs de l’entreprise initialement définis lors de la réunion préparatoire. A l’issue des échanges générés, il est élaboré de façon collaborative un plan d’actions à mettre en œuvre, en proposant notamment une priorisation des pistes d’amélioration choisies, le calendrier des d’actions à mettre en œuvre, le pilote de chaque projet, etc.

La finalité de la mise en place d’une cartographie des postes ne doit pas se limiter pas à la collecte de données. L’outil doit pouvoir s’appuyer sur une démarche plus globale de prévention des risques professionnels permettant de résoudre, ou au moins limiter dans la durée les problèmes de santé et de sécurité au travail.

Conseils pour une cartographie des postes de travail réussie

Pour garantir le succès de la démarche de cartographie des postes de travail, il est essentiel de suivre quelques recommandations :

Impliquer les employés

Les employés sont les mieux placés pour fournir des informations précieuses sur leurs besoins et leurs préoccupations en matière d’ergonomie. Impliquez-les dès le début du processus en organisant des réunions d’information, des groupes de discussion ou des sondages pour recueillir leurs retours d’expérience.

Établir une collaboration interdisciplinaire

La cartographie des postes de travail est un processus complexe qui nécessite l’expertise de différentes parties prenantes, notamment les responsables de la santé et de la sécurité au travail, les ergonomes, les gestionnaires des ressources humaines et les représentants des employés. Travailler en collaboration avec ces différents acteurs permet de bénéficier d’une diversité de perspectives et de compétences.

Utiliser des méthodes mixtes

Combiner différentes méthodes de collecte de données, telles que les questionnaires, les observations sur le terrain et les entretiens, permet d’obtenir une vision plus complète, à la fois qualitative et quantitative, des postes de travail. Il convient de choisir les méthodes les plus appropriées en fonction des objectifs de votre projet, des contraintes (de temps, de budget) et des spécificités de votre entreprise.

Évaluer régulièrement et ajuster au besoin

La cartographie des postes de travail est un processus dynamique. Elle nécessite une réévaluation régulière pour s’assurer de son efficacité continue. Planifiez des évaluations périodiques pour suivre l’évolution des conditions de travail et apporter les ajustements nécessaires en fonction des retours d’expérience des employés et des évolutions organisationnelles.

En suivant ces conseils, vous serez en mesure de réaliser une cartographie des postes de travail efficace et pertinente, contribuant ainsi à améliorer le bien-être, la santé et la performance des employés au sein de votre entreprise. En restant à l’écoute des besoins des employés et en s’adaptant aux évolutions organisationnelles, les entreprises peuvent maintenir un environnement de travail ergonomique et propice à la santé et à la performance des employés.

Conclusion

Nous voilà arrivés à la fin de cet article dédié à la cartographie des postes de travail et à son impact sur la prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS) en entreprise. J’espère que les informations partagées tout au long de cette lecture vous ont été utiles et vous ont permis de mieux comprendre l’importance de cette démarche pour le bien-être et la santé des salariés.

En adoptant une approche méthodique et collaborative, les entreprises peuvent utiliser la cartographie des postes de travail comme un outil puissant pour identifier et prévenir les risques professionnels, et favoriser ainsi un environnement de travail plus sûr et plus confortable pour tous.

En somme, la cartographie des postes de travail représente un outil essentiel pour prioriser les actions à mener en termes d’amélioration du bien-être de leurs employés et de leur performance globale. De plus, en optimisant les conditions de travail, elles peuvent non seulement réduire les risques de TMS, mais aussi fidéliser leur personnel en favorisant l’engagement, la motivation et la satisfaction au travail.

N’hésitez pas à partager vos expériences, vos questions ou vos suggestions dans les commentaires ci-dessous.

Je vous dis à bientôt et bonne ergo !

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4 Responses

  1. Bonjour et bravo pour cet article riche et détaillé qui doit à la fois aider à la prise de conscience de l’importance de l’ergonomie et inciter fortement à travailler ce sujet en entreprise. En outre, la méthodologie est très bien expliquée.

    • Merci pour votre commentaire Gilles. Je partage votre point de vue : la prise de conscience est un facteur essentiel dont découleront toutes les autres initiatives en matière de prévention et d’ergonomie.

  2. J’ai retenu que c’est une bonne chose d’impliquer les employés. Parce qu’après tout, ce sont eux qui sont concernés.

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Mélanie Brout - Ergonome
Mélanie Brout